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Cédric Vieno

Autopsie d'un peureux

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L’acadien Cédric Vieno oscille allègrement entre le folk suave et le groove rock littéraire pour créer des pièces où la fiction, l’observation émotive et la critique sociale dansent collées-collées. Doté d’une voix imparfaite qui casse la trail et d’une orchestration encrassée, c'est sur le ton de la confidence, du raconteur et de l’insolence qu’il s'acharne à désarmer son public, à forcer son abandon.

Événements à venir

14 Octobre 2017, 20 h 30

Moncton - Festival 506 - Tide 'n Boar

Vitrine de 30 minutes. Avec les sexiest musiciens en ville.

700 Main St,
Moncton, NB
E1C 1E4

2 Novembre 2017, 15 h 00

Francofêtes en Acadie (Vitrine SPAASI) - Centre culturel Aberdeen - Moncton, N.-B.

Vitrine internationale
Salle Bernard-Jean du Centre Culturel Aberdeen

140, rue Botsford
Moncton, NB,

Musique

Autopsie d'un peureux - Cédric Vieno

Autopsie d'un peureux

Lancé en février 2017, c’est le plus robuste et le plus doux à la fois. Comme s’il fallait être prêt à mordre pour pouvoir se faire des minouches en paix.

blogue

Fifty shades of Acadie : Mon identité nationale, ce mariage forcé.

«  Maudit que tout est gris. Tout est gris, osti. » 
- Moi, pu sûr de rien

 

J’ai toujours envié les gens convaincus. Ceux qui marchent, qui parlent, qui pensent dans la même direction. Au même pas. Sans détour. Sur la ligne jaune du chemin le plus court entre le point A et le point B. Ça donne des récits de vie étonnants. Des accomplissements qu’y disent; autant dans la victoire que dans l’échec. 

 

Être sûr de c’que t’avances. Ton mode de vie bien greffé à ta parole. Vivre sans paradoxe. Ça devient énervant, cette absence de doute. J’les envie autant que j’les déteste, en fait. C’est un de mes paradoxes à moi. 

 

Ce n’est que dans c’te mood là que j’peux réfléchir à l’Acadie. En n’étant sûr de rien. Jamais submergé de fierté ou piqué au vif. Ça m’laisse pas indifférent non plus. Au contraire, c’est hypnotisant tous ce gris qui nous définit. 

 

C’est un peu plus qu’un état de fait, mais beaucoup moins qu’une histoire d’amour. 

Mon identité nationale, c’est un mariage forcé. Sauvé par personne. Deal with it.

 

J’ai souvent vu des Acadiens se servir de l’Acadie pour se dorer une provenance. Faire d'eux-mêmes un riche et beau tableau ancestral. Du courage historique, quelques martyrs patrimoniaux, des récits de résistance, un Acadien, ça mange cecitte, un Acadien, ça parle de même. Et idéalement, des monuments assez grands pour faire de l’ombre sur nos faces laittes.

 

Sans rien n’enlever aux exploits passés, j’ai jamais pu m’empêcher de voir le moins beau, la connerie, et les discordances entre l’identité nationale d'un acadien de Saint-Whatever, et ceux de Cap-Chpakoi et souvent à l’intérieur d’un même village.

 

Blendé dans une histoire canadienne-anglaise, des territoires provinciaux différents, des lois différentes, un contexte minoritaire différent. Ça finit par donner à l’identité acadienne commune une belle grosse teinte de gris, mélange entre toutes les couleurs plus vives de ses nombreux territoires.

 

Dans ce contexte-là, difficile de définir ce qui est bon ou mauvais pour l’Acadie. Faut rentrer là dedans avec beaucoup d’humilité, d’écoute, d’intérêt, de patience, de quête de connaissances. C’est long, ça rapporte pas d’argent, pis des fois ça pu mais c’est fascinant. Et même si c’est slow, ça n’veut pas dire que ça mène nulle part.

 

Peut-être qu’en voyant les paradoxes de mon peuple ça me réconforte avec les miens. Je sais pas… J’m’intéresse moins aux motivations d’un seul homme qu’à ce qui motive un peuple. C’est mon côté ti-gars. Question de grosseur de moteur, j’aime les grosses machines... sociales.

 

Le problème, le moins beau, la source de mon découragement, c’est quand la machine sociale s’emballe pour des enjeux insignifiants, des trucs de façades. C’est comme voir un grand crabier revenir avec une demi-section de crabe dans sa cale. 

 

C’est décevant. 

 

Un chanteur populaire en robe à la télé, un faux article sur l’interdiction du port du bas blanc, un changement de logo au Festival Acadien de Caraquet.

 

Et Facebook s’emballe. Y’a mouvement de foule et les plus convaincus jouent du coude pour se faire une place dans l'ring afin de pouvoir donner un coup par la droite sur celui déjà occupé à recevoir un coup par la gauche. C’est con comme ça, l’humain.

 

Qui dit foule, dit médias. Et après, on en parle partout de ces conneries-là. Dans notre télé, dans nos journaux, dans nos téléphones. Les controverses, ça a un potentiel génial pour faire le tour d’une question, encore faut-il que la question ait une certaine profondeur.

 

Elles sont où les belles grosses controverses tirées d’un réel travail journalistique dans mon Acadie du Nouveau-Brunswick?

 

L’histoire d’Irving et du gouvernement du Nouveau-Brunswick. Dossier géant qui, bien qu’abordé à l’occasion, n’a jamais mené à un véritable travail de vulgarisation pour décortiquer à quel point la famille Irving a du pouvoir au N.-B.
Tout est cool dans l’attribution des contrats public? Really?
L’exode des cerveaux, l’exode de la main d’oeuvre, les chiffres, les causes, les effets, non?
Le système d’éducation qui, depuis 30 ans, produit des adultes avec un problème d’analphabétisme à tout près de 65%, non plus?

 

J’t’entends là… avec 65% d’analphabète fonctionnel, on a les controverses qu’on mérite. Et t’as raison, c’est la plus grande de mes craintes.

 

Le nerf de la guerre, ce n’est pas tant qu’on a des réactions vives à des événements insignifiants, mais plutôt qu’on demeure apathique face à des enjeux qui ont de gros impacts quotidiens sur nos vies.

 

Il s’fait tard là, on a collectivement pas le luxe de se priver de la profondeur, de viandes, sinon on est mort. Attaquons-nous au gris. Cimentons notre identité dans des projets moins frivoles que des changements de logo. Même pas besoin de l’élan du convaincu. Juste à tâton, ce sera déjà beaucoup.