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Cédric Vieno

Autopsie d'un peureux

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L’acadien Cédric Vieno oscille allègrement entre le folk suave et le groove rock littéraire pour créer des pièces où la fiction, l’observation émotive et la critique sociale dansent collées-collées. Doté d’une voix imparfaite qui casse la trail et d’une orchestration encrassée, c'est sur le ton de la confidence, du raconteur et de l’insolence qu’il s'acharne à désarmer son public, à forcer son abandon.

Musique

Autopsie d'un peureux - Cédric Vieno

Autopsie d'un peureux

Lancé en février 2017, c’est le plus robuste et le plus doux à la fois. Comme s’il fallait être prêt à mordre pour pouvoir se faire des minouches en paix.

blogue

Jim Hart et ses deux apprentis en train de sculpter le totem de la réconciliation.

Haida Gwaii, Jim Hart et le long silence des sculpteur de bois

Mi-juin '16, j’suis monté dans ma voiture à Pointe-Verte au New-Bee avec tout le matériel nécessaire afin d’éviter les chambres d’hôtel et les restos pour les deux prochains mois. J’ai roulé, presque sans histoire, jusqu’à Edmonton en Alberta où ma copine arrivait par avion de quelques semaines en Belgique, question de faire un coucou annuel à sa famille.

Parce qu'on aime bien les très longs détours, avant d'se rendre au Yukon, notre destination finale, on s'est rendu à Haida Gwaii. Pompeusement aussi appelé les îles de la Reine Charlotte, situées à 80km de la côte ouest du B.C. et une centaine de kilomètres des côtes de l'Alaska. Pour économiser des sous, et pour faciliter les rencontres, on a laissé la voiture sur le continent et on s'est promené quelques jours sur les îles en faisant du pouce.

À Haida Gwaii, c’est toute la richesse et le gigantisme de la forêt côtière qui s’exprime avec ces sapins Douglas, l'épinette de Sitka, la pruche de l'Ouest, le thuya géant, mais aussi ces moules géantes, ces deux dizaines d’espèces de baleines et sa concentration record de pygargue à tête blanche. 
 

« Apparently, everything’s f*cking magical overthere » - Un drôle d’espagnol rencontré sur le traversier.
 

Les îles ont une population actuelle de 50% Haida 50% blanche, et un gouvernement Haida. Avant l'arrivée des blancs (Et tsé, on l’oublie souvent, mais c’est une très, très longue période ça. En fait, les Haidas sont là à partir de 9000 ans avant le p’tit Jesus), et même s’ils subissaient leur part de tragédies, guerres et conflits, les Haidas avaient réussi à créer une culture prospère et confortable, ils y étaient d’ailleurs beaucoup plus nombreux qu’aujourd’hui. À son apogée, on estime la population Haida à 30 000 personnes. Parce qu’ils sont relativement isolés à l'ouest, ils n’ont reçu les joies de la colonisation que très tardivement dans l’histoire canadienne. Tragiquement, le résultat a été le même qu’ailleurs. Un recensement en 1885 compte 800 personnes. C’est 95% de la population qui disparaît des suites de plusieurs épidémies notamment de la variole à l’intérieur d’une cinquantaine d'années. Et ça, c’est avant l’évangélisation, les pensionnats et l’appropriation culturelle Haida. Tsé, cette espèce de rêve amérindien de totem et de maison longue que les moins avisées des touristes européens (et Natasha Saint-Pierre) s’attendent à voir dans les itinéraires touristiques de l’est du Canada, à seulement 5000 kilomètres de Haida Gwaii.  

 

Ah oui, j’oubliais! Bon 150e, Canada. Petit jeunôt.

 

Peu après notre arrivée, une résidente nous raconte qu’à leur arrivée sur leur nouveau terrain à Sandspit, il lui arrivait d’halluciner des enfants qui jouaient dans les vagues en avant de chez elle. Ne voulant pas passer pour une folle, elle se garde bien de partager cette information. Quelques années plus tard, elle rencontre le vieil Haida à qui elle a acheté le terrain. Le vieil Haida lui demande « You’ve been there for awhile now, can you see the children playing in the waves? ». 

 

« This place is f*ckin mystical, man » - Un drôle de français rencontré à Naikoon National Park.

 

Haida Gwaii est particulièrement généreuse en poissons, en fruits de mer, en bois. Ce confort a fait en sorte que les Haidas ont développé une culture matérielle et artistique riche (totems, bateaux, maison longue, etc.) qui était transmise de maîtres à apprentis et de génération en génération. On raconte que les Haidas étaient même craints sur le continent parce qu'ils leur arrivait d'aller y chercher des esclaves qu'ils ramenaient aux îles. Ils étaient reconnus pour faire de magnifiques bateaux sculptés à même les thuyas géants qu'on retrouve sur l'île.

 

Au nord de l’île principale, se trouve le Naikoon National Park, et au nord du parc, Tow Hill. Petite montagne mince comme coupé en deux et où la partie du littoral semble avoir été avalé par le pacifique. Après, c'est NorthBeach, la longue pointe qui s’allonge au nord de l’île. Du haut de Tow Hill, on pense pouvoir marcher jusqu’à la pointe en deux ou trois heures. Ici aussi, Haida Gwaii joue des tours. Ça nous a pris deux jours, c’est 30 kilomètres aller-retour à marcher dans le sable. Avant NorthBeach, dans une petite annonce, j’aurais très bien pu écrire : « I like long walks on the beach », j’écrirais plutôt maintenant « I like mild-average walks on the beach... ». Qu’importe, on a tout c'qui faut et notre nuit sur la pointe était magnifique et en valait grandement la peine. 

 

« You won’t make it tonight. It’s an optical illusion… » - Un drôle de marcheur totalement épuisé sur NorthBeach.

 

De retour de North Beach, en faisant du pouce, on a rencontré Tom, un Haida qui nous amène chez lui, nous offre le dîner et nous partage son saumon sokeye qu'il avait pêché lui-même, le meilleur, paraît-il. À Haida Gwaii, on offre moins le lift qu'un détour intéressant. Ça commençait toujours par un : « You're not in a hurry, are ya? ». Question à laquelle ça nous faisait toujours plaisir de répondre : « Nop, not at all ».

 

Un belle tournée du village de Old Masset plus tard, on est dans sa woodshop derrière chez lui. Je pose plein d'question sur le travail du bois quand il me dit : « To tell you the truth, i'm just an amateur at this but if you're really not in a hurry, i’ll take you to the real woodcarving shop » .

 

C'est là qu'on rembarque dans son pick-up pour se rendre à la woodshop au fond du chemin de Old Masset. Dehors, un homme dans la cinquantaine et deux jeunes dans la vingtaine sont en train de sculpter un immense totem, superbe, le plus gros et le plus beau que j'ai vu.

 

Le vieux s’approche de nous. Tranquille, démarche fière, petit sourire en coin. Typique Haida que j’me suis dit… 

Son nom c’est Jim Hart. On se présente, d’où on vient, qu’est-ce qu’on fait là, qu’est-ce qu’on fait pour gagner notre vie.

Gentil, mais pas trop. Beaucoup d’écoute, très peu de parole. Ici, on laisse parler le silence, et il a plein de choses à dire...

J’finis par lui dire que j’suis musicien. Il disparaît dans la woodshop et revient avec une sacrée belle guitare. Une Martin des années ’60. Il me dit « You can watch us work if i can hear you work » P’tit sourire en coin…

O.K. 

Deal. 

« The collection of Marie-Claire » de Daniel Lanois avec 3-4 pygargues à têtes blanches qui m’écoutent sur le toit de la shop.

Ils déposent leurs outils pour m’applaudir et les reprennent aussitôt.

James nous raconte qu’il était en Belgique récemment. On lui demande pourquoi.

 

« Well, we were all over Europe really, Spain, France, Great Britain. We had a couple of totem poles exhibitions in museums and we were also there to pick-up our bones. » 
« Your bones? » 
« The bones of our ancestors, when europeans first came here we were oddities to be shown all over the world, so there are bones of our ancestors in a couple of the great museums in Europe. And so we’ve been negotiating with them for a few years now to get them back to the motherland. And so that’s what we did. » 

 

Jim (James) Hart et ses deux apprentis étaient en train de travailler sur le totem de la réconciliation. Il était à l’époque presque terminé, ne manquait qu’un petit six mois de travail... Le totem de 17 mètres gravé dans un thuya géant vieux de 800 ans a été érigé le samedi 1er avril 2017 et de façon permanente à l’University of British Colombia et il représente les victimes et les survivants des pensionnats autochtones.

Ci-bas, un reportage de radio-canada où l'on peut voir ledit totem terminé, coloré et debout, cette fois ;)
http://ici.radio-canada.ca/breve/86231/pensionnats-autochtones-un-totem-...